Porté par Gianni Infantino, le projet d'ouverture aux fonds d'investissement privés provoque une crise institutionnelle sans précédent. L'UEFA menace de boycotter la Coupe du Monde.
C’est un véritable séisme politique qui secoue la planète du ballon rond. Face à la levée de boucliers d’une grande partie de la communauté internationale, la Fédération Internationale de Football Association (FIFA) confirme son intention de maintenir son ambitieux projet d’ouverture aux investisseurs privés. Malgré une contestation d’une virulence rare menée par l’UEFA, l’instance suprême de Zurich affirme vouloir poursuivre des consultations qu’elle promet « ouvertes et démocratiques ».
Dans un communiqué officiel publié vendredi pour tenter d’éteindre l’incendie, l’instance dirigeante regrette des interférences extérieures : « Le processus de consultation que nous avions prévu a été perturbé par des informations inexactes diffusées dans les médias ». Qu’à cela ne tienne, Zurich refuse de faire marche arrière : « Nous poursuivrons néanmoins cette consultation afin que chaque fédération membre puisse se prononcer sur la base de faits avérés. »
L’UEFA sort le carton rouge et menace d’un boycott historique
Présenté mardi à la surprise générale, le plan de la FIFA a provoqué un choc immédiat sur la scène internationale. La réaction la plus virulente est venue du continent européen. L’UEFA, forte de ses 55 fédérations et détentrice de sept des dix derniers titres mondiaux, est allée jusqu’à menacer « à l’unanimité » de boycotter les prochaines compétitions organisées par la FIFA, y compris la très prestigieuse Coupe du Monde, si le projet n’était pas purement et simplement abandonné.
Pointant du doigt une stratégie élaborée « en secret », la confédération européenne a vivement déploré la philosophie même de cette réforme : « Toute décision sur le calendrier international, le format des compétitions et le futur du football ne serait plus conduite pour servir l’intérêt du jeu, mais celui des actionnaires. »
L’opposition ne se cantonne pas au continent européen. La Concacaf (Amérique du Nord, Centrale et Caraïbes) a fermement « rejeté la proposition ». Du côté de l’Asie, la Confédération asiatique (AFC) s’est dite consternée que le projet ait été divulgué sans consultation préalable. Seule la Confédération Africaine de Football (CAF) a adopté une posture plus mesurée, incitant ses membres à « examiner et évaluer » le projet.
FIFA Forward Enterprise : 10 milliards de dollars en jeu
Face au procès en marchandisation qui lui est intenté, la FIFA s’efforce de rassurer. « Personne n’est en train de vendre le football. C’est quelque que la FIFA n’envisagerait jamais », insiste le communiqué.
Au cœur du litige se trouve un montage financier gigantesque. La FIFA ambitionne de lever jusqu’à 4,2 milliards de dollars en créant une filiale commercialisée baptisée FIFA Forward Enterprise (FFE), valorisée à 20 milliards de dollars. En ouvrant jusqu’à 20 % du capital de cette société à des fonds privés, l’instance vise un plan global d’investissement de 10 milliards de dollars sur quatre ans pour le développement du sport.
Pour séduire les 211 fédérations membres, Gianni Infantino miroite des retombées financières directes sans précédent : une enveloppe exceptionnelle de 20 millions de dollars versée à chaque fédération début 2027, combinée à un plus que doublement de leur dotation quadriennale (passant de 8 à 20 millions sur la période 2027-2030).
Ombres politiques et calendrier électoral serré
Outre les aspects purement financiers, le profil des investisseurs pressentis suscite de vives interrogations éthiques et politiques. Parmi eux figure le fonds d’investissement Thrive Eternal, fondé par Joshua Kushner, frère de Jared Kushner et gendre de Donald Trump. Un rapprochement qui fait grimacer de nombreux observateurs, alors que Gianni Infantino affiche publiquement sa proximité avec l’ancien président américain.
Pour désamorcer la fronde, la FIFA martèle qu’elle conservera le contrôle exclusif de la Fifa Forward Enterprise ainsi que l’autorité souveraine sur le calendrier, les règles et la gouvernance. Cependant, le délai accordé aux 211 fédérations pour voter — fixé au 19 septembre — est qualifié d’« ultimatum » et de « gouvernance par la peur » par l’UEFA. Ce calendrier éclair est indissociable des échéances électorales de la FIFA en mars 2027, où Gianni Infantino est pour l’instant le seul candidat en lice pour sa propre réélection.
